MYTHOGRAPHE

Par Daphné Le Sergent


« Paris n’a pas été inondé » et ne le sera sans doute jamais si on en croit le maître-mot de la ville, Fluctuat nec mergitur. L’inondation parisienne de 1955 apparaît à Roland Barthes (dans Mythologies) comme une provisoire dilution, l’eau venant lénifier les accidents de l’espace urbain et provoquer une douce euphorie, celle d’une possible reconstruction, de cabanes bricolées et de petites arches enfantines.
« Car l’Arche est un mythe heureux », écrit-il. Bienheureux en effet est le mythe du déluge qui augure une table rase sur laquelle dresser à nouveau les choses. Nous semblons le revivre chaque jour, nous qui nous noyons sans cesse sous le flot de données, d’informations, de signes, de notifications et de mails.
Overflow globalisé. Data Smog. Surf. Cloud. Les mots ne trompent pas. Le numérique et ses corrélats économiques se fondent sur l’innocence des états changeant de l’eau. Le monde de l’information est météorologique, nous enveloppant comme des « bulles » (Peter Sloterdjik), dont tantôt la membrane paraît pleine de promesses et aspirer tout objet de désir ou bien se rétractant, nous étouffant comme à l’aube d’un prochain naufrage.
Ce déluge est bel et bien intérieur. L’histoire mythique nous fait croire à un lendemain toujours plus radieux. Faire table rase pour naitre plus performant. Yes we can ! Multi-tasking. Decision makers. A l’instar de Noé chargé d’engendrer une race meilleure, nous absorbons de l’information de plus en plus
chaude et fragmentaire jusqu’à parfois nous consumer complètement – burn out.
Le curator, terme emprunté à l’art contemporain, désigne la personne chargée d’opérer une sélection dans le contenu en ligne face à la profusion des information. De Noé au curator, ce projet se propose de considérer le rapport du sujet face à la nuée infomationnelle, au cloud, faisant face à ses limites sans cesse fluctuantes

 

 



 

MYTHOGRAPHE

By Daphné Le Sergent


In this project, I was inspired by the inner division generated by the digital information’s overload.
Medias, internet, social network as facebook or daily several notifications cause a phenomenon called infobesity. This appears to me like a drowned, as if we were experimenting the diluvian myth each day.
The first aspect of this diluvian myth and infobesity comparison considers information flow as water.
Despite their connections with economic and political dimensions, terms such as « data smog », «internet surfing», « cloud computing » lean on the innocent state of water (smog, cloud, sea).
Information thus appears as a natural meteorogical phenomenon; gaseous or liquid mediums surround and allow us to satisfy desires, reach targets or improve ourselves.
The second aspect is related with the moving line of our limits. After the flood and the disparition of all humanity, Noah was in charge to give birth to a better race of men. Today, infobesity is a daily issue. We absorb more and more information because of our need to enhance our knowledge, in order to be more performant, more competitive. « Yes we can ! » We want to significantly expend hold on reality. But sometimes information overload exceeds us, provokes an inner drowning. Numbers of people are choked and reach the « burn out ». Information fields seems then similar to battlefield with a permanent risk of inner split between extreme competivity and suffocation.
In some of my pieces, I use the term « curator ». It comes from the art vocaculary and designates the person who selects and edits data from the digital world. He or she appears to me like a contemporary mythological figure, struggling to contain the informations overload.